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Mercredi, 05 Août 2015

crutel

perseverare diabolicum…

Malgré les efforts déployés depuis des années pour convaincre de son intérêt …

M. B.


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Editorial 2015

du bulletin de la Société des Amis des Monuments Rouennais (qui va bientôt paraître).

à vendre « Eglises à vendre » : ce titre-choc du journal Paris-Normandie le 16 mars dernier, au lendemain d’un conseil municipal appelé à entériner la désaffectation de Saint-Paul et de Saint-Nicaise, aurait pu passer pour quelque effet médiatique, voire pour un « ballon d’essai » destiné à tester l’opinion. Hélas, les déclarations de l’adjointe en charge du Patrimoine sont venues confirmer l’intention de la Ville de se défaire au plus tôt de ces encombrants édifices où elle ne voit qu’occasion de travaux coûteux de restauration. Et l’assurance - purement verbale - qu’on n’en fera pas un usage indigne ne vaut que ce qu’autorise une propriété devenue privée. Boîte de nuit peut-être pas, mais logements, commerces, ou démolition pure et simple ?

C’est ainsi que Rouen, épargnée jusqu’ici par une fièvre démolisseuse dont ailleurs maintes églises (surtout « du XIXème siècle », donc a priori jugées sans intérêt) avaient été et sont plus que jamais victimes - songeons à Saint-Jacques d’Abbeville, grand édifice néogothique rasé en 2013 et, dans notre département, aux trois églises havraises détruites il y a quelques années (1) - s’engage dans un cycle inquiétant peu compatible avec sa volonté d’être « ville d’art et d’histoire ». Car bien d’autres églises d’une cité, jadis, fière de ses « cent clochers » risquent de connaître à moyen terme le même sort, telles Saint-Patrice, Saint-Godard, dont l’utilisation cultuelle est minimale, pour ne pas parler de Saint-Ouen, voué à l’occasion à tel spectacle équestre ou à tel banquet d’association non moins incongru…

• Dans le cas présent de Saint-Paul et de Saint-Nicaise dont l’environnement paroissial, il faut le dire, s’est vu réduit à rien par un bouleversement urbanistique ou par une mutation sociologique profonde, ce n’est pas d’édifices quelconques qu’il s’agit. Saint-Nicaise est inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques tant pour la qualité de son chœur flamboyant, enrichi d’un superbe retable du XVIIe siècle, que pour la façade et la nef reconstruites après incendie par l’architecte Pierre Chirol dans un style et un matériau tout à fait innovants. Quant à Saint-Paul, dont la silhouette à double clocher marque si bien l’entrée de ville lorsque l’on vient de l’Est ou du pont Mathilde, comment séparer sa construction néo-romane - en bon état - de la chapelle du XIe siècle classée, elle, monument historique, qui lui sert de sacristie ? Cette double protection pourrait sembler de nature à freiner l’appétit de certains promoteurs ; à condition toutefois que des pressions, comme on l’a vu ailleurs, ne viennent pas à l’encontre des réserves exprimées par les services compétents ; à condition aussi qu’on ne laisse pas volontairement « pourrir » tel édifice endommagé pour justifier une procédure de désinscription offrant ensuite libre cours aux pires initiatives…

• La désaffectation implique-t-elle qu’on se débarrasse d’églises ayant perdu, pour diverses raisons, leur usage cultuel (2) ? Bien des exemples existent, en d’autres villes, de reconversions réussies sous l’égide des municipalités et avec plein aval de la DRAC régionale. Cela n’est-il pas possible à Rouen ? Rappelons que depuis longtemps, les Amis des Monuments Rouennais suggèrent que Saint-Nicaise, dotée d’un orgue remarquable, serve d’auditorium annexe au Conservatoire voisin. Pour ce qui est de Saint-Paul, qui pourrait offrir un abri plus sûr que tel dépôt municipal (3) aux charpentes anciennes ou aux éléments lapidaires en attente de remontage, rappelons le dossier spécial de notre Bulletin 2009, « Autour de l’église Saint-Paul, un patrimoine à réhabiliter ». Car cet édifice, élément constitutif du paysage rouennais, s’inclut, avec le beau bâtiment thermal XVIIIe siècle trop méconnu, l’ex-école Marcel- Buquet désertée par le CFA, et le rivage du Pré-aux-Loups si cher aux peintres de l’Ecole de Rouen dans tout un ensemble remarquable, aujourd’hui en déshérence mais qui mériterait au moins autant que les quais de rive gauche engazonnés ou la presqu’île Rollet revégétalisée l’attention et l’investissement de la Ville sinon de la Métropole.

• Car l’argument qu’invoque chaque fois la première est l’insuffisance de ses moyens, Rouen ayant de fait à sa seule charge les restaurations coûteuses - et réussies - de monuments comme Saint-Ouen ou Saint-Maclou. C’est cet impératif financier encore qu’on nous allègue pour justifier la vente à des constructeurs du lopin de terre jouxtant l’église Saint-Romain, dont on s’étonne que des écologistes étroitement associés à la gestion municipale ne voient pas l’évidente vocation à devenir un jardin public offrant un peu d’ampleur et de verdure à l’étroite place de la gare…

• Sans ouvrir ici un débat sur un problème de gouvernance qui n’est pas de notre ressort mais auquel il faudra trouver une solution, comment ne pas être frappé, face aux ressources limitées d’une Ville assumant seule l’entretien de presque tout ce qui attire ici les touristes, par les dépenses d’une CREA devenue Métropole en faveur d’ambitieuses réalisations dont l’avenir seul nous dira le succès véritable auprès du public ? Du très spectaculaire Panorama – dont on espère autre chose que la simple reprise de programmes déjà présentés ailleurs -, regrettons l’implantation au bas de la seule belle avenue rouennaise, dont il masque la perspective initiale sur le port. De l’Historial, réjouissons-nous qu’il ait permis de restaurer une partie presque à l’abandon de l’ensemble archiépiscopal, en particulier la jolie chapelle d’Aubigné et qu’il nous offre enfin une muséographie digne du personnage de Jeanne d’Arc. On s’est adressé ici à des historiens reconnus comme Philippe Contamine, et à des scénographes talentueux. N’aurait-on pu, cependant, associer à cette entreprise quelques Rouennais, membres de sociétés historiques ou auteurs d’ouvrages sur Jeanne d’Arc et son temps, dont l’oubli total n’est pas sans surprendre dans les brochures présentant ce nouveau musée ?

• Sur un autre plan, la liste de nos sujets d’inquiétude, adressée dans un esprit de concertation tant à la Mairie de Rouen qu’aux services chargés de la protection du Patrimoine n’a guère reçu que des réponses dilatoires ajournant sine die les rencontres souhaitées. Notre Commission de sauvegarde reste donc vigilante face aux permis de démolir ou de construire pouvant concerner des immeubles à nos yeux dignes d’intérêt. Ainsi de la belle maison de maître de la rue Octave-Crutel, dont il serait question de remonter ailleurs les éléments de façade ; ainsi, rue du Ruissel, du pavillon Renaissance dit « des Vertus » que semble respecter un projet de reconstruction de l’îlot. Nous avons vu avec espoir le dépôt d’une demande d’inscription à l’Inventaire supplémentaire de l’église Saint-Romain, fâcheusement absente, malgré la qualité de son décor et la richesse de ses vitraux, sur cette liste des monuments historiques. Puisse cette candidature aboutir en ces temps de vaches maigres du côté du ministère de la Culture…

• Et naturellement, nous attendons impatiemment que se concrétise enfin la promesse, faite il y a maintenant deux ans, d’une restauration complète de l’Aître Saint-Maclou dont le projet, à lire la presse locale (4), « devrait être connu cet automne », l’Etat ayant « prévu d’investir 1,3 M d’euros ». Acceptons-en l’augure, et en attendant, allons admirer la façade de notre Cathédrale dont le dernier échafaudage tout juste disparu permet d’embrasser d’un seul coup l’exceptionnelle dentelle de pierre blanche.

Jean-Pierre CHALINE, Président

 

Notes :
1) Successivement, Sainte-Marie, Saint Léon et, plus récemment Notre-Dame de Bonsecours à Graville.
2) Renvoyons sur ce point à notre article dans le BAMR 2004 :" Vieilles pierres, pierres vivantes ? Réflexions sur le devenir du patrimoine religieux ", par Jean-Pierre et Nadine-Josette Chaline.
3) Faut-il rappeler ici la disparition des charpentes de Saint-Pierre du Châtel, ou des éléments du second étage de l'hôtel Romé, conservés, nous disait-on, dans de tels dépôts et qu'on n'a jamais retrouvés ?
4) Paris-Normandie, 22 mai 2015, article de Céline Bruet.